Pour la première fois, une étude française met en évidence l’existence d’une mémoire placentaire de l’exposition au tabac avant et pendant la grossesse.
Les effets du tabagisme étudiés sur le génome du placenta
Les chercheurs se sont en effet penchés sur les effets du tabagisme sur l’ADN du placenta en suivant un panel de 568 femmes enceintes. Parmi elles, des femmes non-fumeuses (n’ayant pas fumé ni pendant les trois mois précédant la grossesse ni pendant la grossesse), des anciennes fumeuses (ayant arrêté dans les trois mois précédant la grossesse) et des fumeuses (ayant fumé pendant les trois mois précédant la grossesse et pendant la grossesse).
“Nous nous sommes intéressés à l’impact de l’arrêt du tabac, car nous avons voulu savoir si ce qu’on observait dans le sang chez l’adulte était transposable chez la femme enceinte et sur le placenta,” explique Johanna Lepeule, auteure principale de l’étude et chercheure au CNRS. Chez l’adulte, plusieurs études ont en effet déjà démontré que le tabagisme pouvait altérer à long terme la méthylation de l’ADN, c’est-à-dire l’un des mécanismes qui permet de réguler l’expression des gènes et d’en modifier certains. Une étude parue en 2016 dans un journal de l’American Heart Association, a notamment montré que certaines altérations du génome liées au tabagisme pouvaient subsister jusqu’à 30 ans après l’arrêt de la cigarette.
L’existence d’une mémoire placentaire mise en évidence
Ainsi, en étudiant l’ADN d’échantillons de placentas recueillis à l’accouchement des 568 femmes, les chercheurs ont mis en évidence le même phénomène d’abord chez les femmes enceintes fumeuses et dans une moindre mesure chez les anciennement fumeuses. En effet, les résultats de l’étude montrent l’altération de 178 régions du génome placentaire chez les premières, contre 26 chez les secondes. Et les zones concernées sont bien connues des chercheurs : “ Les effets du tabac ont lieu sur des gènes que l’on dit ‘soumis à empreinte parentale’ et dont on sait qu’ils sont importants dans le développement du foetus et de l’enfant ensuite”, pointe Johanna Lepeule.
Si le tabagisme provoque des modifications du génome placentaire, le lien de conséquence entre ces altérations et la santé du fœtus doit faire l’objet de futures recherches. La trace des effets du tabac sur le génome du placenta de certaines femmes enceintes anciennement fumeuses doit aussi se vérifier sur le plus long terme : “Pour aller plus loin, il faudra d’autres échantillons de femmes qui ont arrêté de fumer de manière plus antérieure pour voir les effets du temps sur cette mémoire placentaire”, conclut la chercheure.


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